dimanche 20 avril 2008

Le bus rend beau et riche aussi



















Il existe en Argentine quelque chose d'encore plus rare que le loup blanc ou le yéti : la monnaie. Je ne parle pas des distributeurs qui sont régulièrement hs et en attente de réapprovisionnement ou qui refusent de vous accorder plus de 300pesos / jour (un poil plus de 50 euros). Non, les pièces de monnaie, ça c'est le vrai graal argentin! Oubliez tout ce que vous avez appris, la monnaie qui pèse dans les poches et qui fait du bruit, c'est ça la vraie richesse, le pouvoir et l'amour. Mais pourquoi?

Eh bien outre les émissions contrôlées de la banque argentine, la réponse est petit "c" : les bus.
Il faut en effet payer son trajet dans des machines ne recevant que des pièces à l'entrée de chaque véhicule, un trajet qui ne dépassera pas 1,50 pesos si vous restez dans la capitale. Comprenez: les bus sont légion ici, c'est le transport le plus adapté à la ville portuaire en de nombreux points. Mais alors si tout le monde prend le bus, tout le monde cherche sa monnaie, une monnaie rare et coûteuse. Si, si, coûteuse. Certains chauffeurs revendent la monnaie accumulée dans les machines avant de faire leurs comptes. Je m'explique, disons qu'à la fin de la journée la machine contient 800 pesos en pièces! Ca c'est du butin mon pote, un si beau trésor que le chauffeur échangera le tout contre 900 ou 1000 pesos dans le premier commerce rencontré. C'est pourquoi le bus rend riche.

J'ajoute qu'en recherchant à tout prix la monnaie, les gens sont poussés à consommer, à acheter ne serait-ce qu'un paquet de chewing-gum pour récupérer quelques pièces. De cette façon l'argent tourne, l'économie fonctionne tous les jours à coup de centimes qui entretiennent la croissance (sans blague).

Donc le bus rend riche, vous en êtes maintenant convaincus. Mais beau? Et c'est aussi le nœud central qui m'ouvrit une réponse possible à cette autre question : comment font-ils pour rester minces (surtout les nanas) avec toute la graisse et les boissons sucrées qu'ils s'envoient dans le cornet? Réponse: petit "c" le bus (note: dans un questionnaire à choix multiples et sans aucune idée de la réponse choisissez toujours le petit "c"). Imaginez que vous ayez passé une demi-heure à rassembler quelques centimes pour pouvoir prendre votre bus. Imaginez maintenant que celui-ci ne vous dépose pas exactement à votre point d'arrivée mais quelques kilomètres plus loin. Est-ce que vous allez raisonnablement gâcher encore d'autres pièces pour faire 3 pauvres malheureux kilomètres de plus? Non, vous marchez!

Et voilà pourquoi le bus rend beau, riche et beau.
La semaine prochaine nous verrons en quoi les chiens des rues améliorent la protection sociale, peut-être.

Malos aires - suite


















Encore et toujours de la fumée qui, me dit-on dans l'oreillette, serait présente jusqu'à Montevideo. Le brouillard est plus épais que jamais mais personne ne sent plus rien, on finit par s'acclimater.
Une petite précision : ce feu est bien volontaire, c'est un écobuage traditionnel comme il s'en fait tous les ans dans le coin. Cette année, tous les estancieros ont eu l'étrange idée de tout faire cramer en même temps, juste durant les négociations se rapportant aux nouvelles hausses des taxes agricoles...

mercredi 16 avril 2008

Malos aires















En vitesse : un ciel gris, des rues envahies par la fumée et une odeur acre qui colle aux poumons, c'est le tableau du jour.
Des champs brûlent à l'est de la ville, au total à peine 66000 hectares (chiffre provisoire bien entendu). Les feux sont attisés par un vent faible qui permet l'extension des brasiers et porte la fumée aux alentours sans toutefois permettre sa dissipation. Les routes sont coupées autour de la capitale pour prévenir des accidents causés par le manque de visibilité. Le nuage de fumée est sensé s'épaissir demain avec peut-être, oh joie, quelques flocons en suspension.
-stop-

dimanche 13 avril 2008

Lumières


















mercredi 2 avril 2008

El campo y Cristina

Après quelques mois à la présidence du pays, ça secoue déjà très fort pour Cristina. Une grève paralyse le pays depuis maintenant une vingtaine de jours, la grève des exploitants agricoles. Les routes sont coupées par des barrages et l'approvisionnement de la capitale en nourriture ne se fait que très difficilement.

Les faits : le pays a vendu ses terres à de gros exploitants après la crise de 2001. Ces derniers s'empressent de cultiver du soja transgénique dont le prix de revient est très faible comparé au cours de la céréale sur le marché mondial. Une grande partie de la récolte est dédiée à l'exportation (en Asie mais aussi en Europe après la crise de la vache folle).

Le problème : la monoculture, l'appauvrissement des sols mais aussi la faible production de ressources pour le marché intérieur.

La solution du gouvernement : augmenter les taxes de 10% pour dynamiser et équilibrer les autres secteurs de production.

Ce qu'on voit : une population divisée, de nombreux citadins étouffés par l'inflation (supérieure aux chiffres officiels, faut-il le préciser) se rallient à la cause des agriculteurs. Les concerts de casseroles reprennent. Le tout quelques jours après la commémoration du 32ème anniversaire du coup d'Etat militaire...

Les temps sont durs ici, surtout quand on sait que le salaire minimum n'est que d'environ 500 pesos (100 eur). Le kilo de pommes est à 3,5 pesos et la banane à 4 (pas loin d'un euro). C'est bête pour un pays que l'on surnommait "le grenier du monde".

Chapitre 1: Le peso dans la merde


Ce n'est pas une image pour déplorer la faible valeur de la monnaie. 1 euro = pas loin de 5 pesos.
Non, c'est la scène à laquelle j'ai pu assister il y a quelques jours. Un type dans la rue, sa copine accrochée au bras, la trentaine, petit polo rentré dans le jean. Puis le type s'arrête net et donne un coup de pied dans un étron posé sur le coin du trottoir pour en extraire le petit bout de métal jaune qui brillait sur le dessus. Comment une pièce peut arriver là, je me suis posé la question, c'est intéressant mais pas plus que ça. Toujours est-il que le type se penche, sort un mouchoir et vient récupérer le butin: 10 centimes.
On n'en est pas encore à ce niveau de la crise pour imaginer que ces gens crèvent de faim. Il y a quand même quelque chose de troublant, ça tourne pas rond messieurs dames.