Il existe en Argentine quelque chose d'encore plus rare que le loup blanc ou le yéti : la monnaie. Je ne parle pas des distributeurs qui sont régulièrement hs et en attente de réapprovisionnement ou qui refusent de vous accorder plus de 300pesos / jour (un poil plus de 50 euros). Non, les pièces de monnaie, ça c'est le vrai graal argentin! Oubliez tout ce que vous avez appris, la monnaie qui pèse dans les poches et qui fait du bruit, c'est ça la vraie richesse, le pouvoir et l'amour. Mais pourquoi?
Eh bien outre les émissions contrôlées de la banque argentine, la réponse est petit "c" : les bus.
Il faut en effet payer son trajet dans des machines ne recevant que des pièces à l'entrée de chaque véhicule, un trajet qui ne dépassera pas 1,50 pesos si vous restez dans la capitale. Comprenez: les bus sont légion ici, c'est le transport le plus adapté à la ville portuaire en de nombreux points. Mais alors si tout le monde prend le bus, tout le monde cherche sa monnaie, une monnaie rare et coûteuse. Si, si, coûteuse. Certains chauffeurs revendent la monnaie accumulée dans les machines avant de faire leurs comptes. Je m'explique, disons qu'à la fin de la journée la machine contient 800 pesos en pièces! Ca c'est du butin mon pote, un si beau trésor que le chauffeur échangera le tout contre 900 ou 1000 pesos dans le premier commerce rencontré. C'est pourquoi le bus rend riche.
J'ajoute qu'en recherchant à tout prix la monnaie, les gens sont poussés à consommer, à acheter ne serait-ce qu'un paquet de chewing-gum pour récupérer quelques pièces. De cette façon l'argent tourne, l'économie fonctionne tous les jours à coup de centimes qui entretiennent la croissance (sans blague).
Donc le bus rend riche, vous en êtes maintenant convaincus. Mais beau? Et c'est aussi le nœud central qui m'ouvrit une réponse possible à cette autre question : comment font-ils pour rester minces (surtout les nanas) avec toute la graisse et les boissons sucrées qu'ils s'envoient dans le cornet? Réponse: petit "c" le bus (note: dans un questionnaire à choix multiples et sans aucune idée de la réponse choisissez toujours le petit "c"). Imaginez que vous ayez passé une demi-heure à rassembler quelques centimes pour pouvoir prendre votre bus. Imaginez maintenant que celui-ci ne vous dépose pas exactement à votre point d'arrivée mais quelques kilomètres plus loin. Est-ce que vous allez raisonnablement gâcher encore d'autres pièces pour faire 3 pauvres malheureux kilomètres de plus? Non, vous marchez!
Et voilà pourquoi le bus rend beau, riche et beau.
La semaine prochaine nous verrons en quoi les chiens des rues améliorent la protection sociale, peut-être.
